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Charles Quint en Flandre et en Hainaut

Charles Quint est né à Gand en 1500 et il quitte ses terres flamandes et hennuyères en 1556 pour se retirer à côté du monastère de Yuste en Espagne où il meurt en 1558. Ce sujet de promenade est riche et de nombreuses traces de cette 1ère moitié du XVIe siècle sont encore visibles dans les villes de la Belgique actuelle. Il faut y consacrer de préférence deux jours et mieux encore trois. Si on ne dispose que d’une journée, on choisira de découvrir les sites de Malines puis de Bruxelles.

Circuit

1er jour consacré à Gand

* On partira pour une promenade à pied de la place du Vijdagmarkt sur laquelle le Torenken, maison de la guilde des tanneurs, est du XVe siècle, et témoigne de l’activité commerciale et industrielle de cette partie de la ville au Moyen Age.

On passe sur Kranlei et on découvre les halles à la viande du XIVe siècle et le marché aux herbes sur lequel ouvre le vieux château, le Gravensteen. Ce château des comtes de Flandres, n’était plus du temps de Charles Quint résidence mais servait de salle de tribunal et de prison. C’est là que furent enfermés les affidés de l’empereur lors de la révolte de la commune en 1536 et les coupables de la rébellion par celui-ci en 1540. C’est sur le marché que fut dressé l’échafaud sur lequel périt le pauvre Liévin Pin, et neuf rebelles que le duc voulait châtier de façon exemplaire.

On passe sur le canal de la Lieve, aménagé au XIIIe siècle pour faciliter l’accès des bâteaux de Gand à la mer et favoriser le commerce de la ville.

On prend immédiatement à droite pour entrer dans le quartier qui fut le site du Prinsenhof, le palais des comtes de Flandres, ducs de Bourgogne, à partir de la fin du XIVe siècle. Il était bâti sur une île et fut embelli par le grand duc Philippe le Bon. Il comportait galeries et loggias dans le goût italianisant, un jardin à la française sur une autre petite île, une grande ménagerie où étaient accueillis des animaux sauvages, comme les lions rapportés par Charles Quint de sa campagne à Tunis. C’est dans ce palais qu’il était né en 1500 lors des grandes fêtes de Carnaval, fils de Philippe le Beau et de Jeanne de Castille connue ensuite sous le nom de Jeanne la Folle. C’est là qu’il imposa des punitions exemplaires à la ville de Gand lors de sa rébellion contre les levées d’impôts en 1540. Il revit une dernière fois ce palais lorsqu’il quitta définitivement la Flandre, s’installant dans un hôtel d’où il pouvait le contempler.

Aujourd’hui, il ne reste quasiment rien de cet ensemble architectural et de ses aménagements prestigieux. Une statue réalisée en 1966 montre sur la petite place XXX le grand souverain, deux plaques en flamand sous une poterne d’accès au château rappellent les lourdes condamnations infligées aux révoltés et aux protestants sous ce règne et sur le gazon à l’arrière, vous verrez une statue de bronze d’un humour très flamand, représentant un des bourgeois en chemise, "la hart au col", tels qu’ils sont venus en ce lieu faire amende honorable et pénitence devant Charles Quint.

Un bourgeois de Gand la hart au colPhoto André Descamps

Pour regagner les quais (Kraanlei, Korenlei) aux grandes maisons de pierre (les stenen) des XIVe au XVIe siècles qui constituent un ensemble urbain exceptionnel, on peut passer par le béguinage Sainte-Elisabeth au charme reposant.

Les quais de Gand Photo André Descamps

On gagne le cœur de ville avec l’église de gothique scaldien Saint-Nicolas, le Beffroi et à sa base les halles au blé, ainsi que la cathédrale Saint-Bavon, simple église paroissiale Saint-Jean devenue collégiale du temps de Charles Quint. C’est là qu’eut lieu avec une pompe fastueuse son baptême au début de mars 1500. 10 000 flambeaux illuminaient les processions de cadeaux somptueux, des passerelles étaient tendues entre les clochers de cette place principale de la ville.

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Le beffroi de Gand et la halle aux draps

Photo André Descamps

Dans la cathédrale, très belle église gothique redécorée à l’époque baroque après les mouvements iconoclastes des années 1560, on découvrira la chapelle dans laquelle est enterré un des proches conseillers de l’empereur, humaniste, prévôt de Saint-Bavon, Viglius von Aytta et surtout on pourra admirer le fameux retable de l’Agneau mystique peint par les frères Van Eyck dans la première moitié du XVe siècle.

La collégiale prit le nom de Saint-Bavon qui était celui d’une puissante abbaye se trouvant de l’autre côté de la Lys et de l’Escaut dont les moines avaient décidé de se séculariser et de devenir chanoines à Saint-Jean. L’occasion était belle pour l’empereur qui cherchait un lieu pour construire une forteresse pour menacer la ville et la dissuader de toute nouvelle insurrection.

L’abbaye fut donc en partie détruite et le Château des Espagnols construit sur son emplacement. Lorsque les bâtiments militaires furent démantelés au XIXe siècle, on retrouva des éléments de l’abbaye gothique : cloître, salles romane et gothique qui se visitent aujourd’hui. De hautes charmilles restituent les piliers des choeur, transept et nef de ce qui fut l’église, lieu de fastueux mariages comme celui de Marguerite, fille du comte de Flandre Louis de Mâle, et du duc de Bourgogne, Philippe Le Hardi, ce qui scella l’union de la Flandre et la Bourgogne.

On terminera cette promenade dans Gand au musée de la Biloque installé dans un monastère du XIVe siècle, où plusieurs salles ont trait à la période concernée et à Charles Quint et sa famille en particulier.

2ème jour

Malines

C’est à Malines que s’installa à la mort de Charles le Téméraire, sa seconde épouse Marguerite d’York, arrière-grand-mère de Charles Quint et après son second veuvage Marguerite d’Autriche, sa tante, à qui Maximilien avait confié la gouvernance des Pays-Bas.

Malines eut donc une place considérable dans la vie politique flamande et cela jusque vers 1540 lorsque la nouvelle gouvernante, Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint préféra la place de Bruxelles où elle était née.

Malines était le siège de la cour suprême de justice des Pays-Bas, le Parlement de Flandres, ce qui explique la construction de très beaux hôtels particuliers pour les conseillers et l’entourage des souverains.

Lorsque Philippe le Beau et Jeanne quittèrent la Flandre en 1501 pour s’imposer aux Cortès espagnols, Charles Quint fut d’abord confié à son arrière-grand-mère et vécut dans le palais que celle-ci avait acheté à l’évêque de Cambrai et dont il reste essentiellement la façade de gothique brabançon. Lorsque Philippe le Beau mourut en 1506 lors de son voyage de revendication du trône de Castille et que Jeanne fut enfermée dans la forteresse de Tordesillas, Charles Quint fut confiée à sa tante, Marguerite de Flandre qui avait fait embellir la Cour de Savoie dans la même rue juste en face. On peut pénétrer dans le jardin de ce qui est aujourd’hui le palais de justice et découvrir cette aimable demeure de transition entre le gothique brabançon et la renaissance italienne avec ses arcades et loggia. C’est la première fois que fut aussi utilisé le pignon à volutes. Cette cour était joyeuse, on y faisait de délicieux repas en écoutant la musique d’un des compositeurs favoris de Marguerite et de Charles Quint, Josquin des Prés, mais on y écoutait aussi la parole des humanistes et de leur prince, Erasme de Rotterdam.

Photo C. Dhérent

Marguerite d’Autriche mourut dans ce palais en 1530 et sa nièce Marie de Hongrie en fit quelques années aussi le lieu de sa cour avant de regagner Bruxelles. Le Parlement y eut ensuite son siège.

La Grand-Place offre tous les éléments de ces lieux de rassemblements flamands : les divers bâtiments qui servirent pour l’administration municipale et les réunions de l’échevinage (avec l’ensemble du Beyart restauré au XXe siècle dans son état gothique et remplacé ensuite par ce qui aurait dû être le siège du Parlement de Malines qui ne fut achevé qu’en 1910), les halles au drap sur lesquels on voit en regardant bien l’amorce d’un beffroi jamais terminé faute de finances.

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Malines, la grand place et Saint-Rombaud

Photo C. Dhérent

C’est pourquoi, la très haute tour de l’église Saint-Rombaut (près de 100 m), devenu cathédrale en 1561, servit aussi de tour laïque, pour le guet, le rythme des heures de travail et de réjouissances urbaines. C’est un magnifique édifice de gothique brabançon, à l’élévation impressionnante mais légère, sans rosace mais percé de très larges et hautes verrières. Le mobilier gothique a été détruit lors des guerres de religion des années 1566-1570 et a été remplacé par l’exubérance baroque dont on appréciera particulièrement l’exceptionnelle chaire (éblouissement de saint Jérôme ?). Des trésors qu’a pu admirer Charles Quint ici subsistent des tableaux de Michel de Coninx, peintre de Marguerite d’Autriche et l’exceptionnelle série de 26 panneaux peint au XVe siècle et relatant la vie de Rombaut. Grâce à eux, on découvre Malines tel que l’a connu Charles Quint, les maisons à pans de bois, les beaux hôtels, l’église Saint-Rombaut et ses vitraux peints et des scènes de vie comme celle d’exorcisme.

On parcourra ensuite les petits et grands béguinage, on visitera l’église Saint-Jean non loin du bel hôtel de Buysleden, construit pour abriter la collection d’oeuvres d’art de l’humaniste et mécène Jérôme de Buysleden, ami de Thomas More qui résida ici. L’édifice a été restauré après les bombardements de la Première Guerre mondiale.

Bruxelles

Il reste peu de traces des sites qu’à connus Charles Quint à Bruxelles mais celles qui subsistent sont particulièrement émouvantes.

On découvrira en particulier les restes du palais du Coudenberg et de la rue Isabelle qui le bordait sous le sol de la place Royale. Quelques dalles de pierre bleue effondrées dans ce qui étaient la grande cuisine du palais ont connu l’émancipation de Charles par Marguerite d’Autriche en 1515 et les poignantes cérémonies d’abdication d’un empereur miné par la maladie et les échecs politiques en 1555 : "je suis si fatigué..."

Le parc royal a été aménagé sur une partie de l’emplacement de l’immense parc menant vers la forêt où Charles dès son jeune âge aimait se retirer et où il a vécu ses derniers mois bruxellois dans une modeste maison.

Non loin, la cathédrale Saint-Michel-et-Sainte-Gudule était le lieu des grandes manifestations religieuses, comme les funérailles de Philippe le Beau ou celles organisées quelques semaines après la mort de Charles par son fils Philippe II. On y admire dans la chapelle du Saint-Sacrement, les grandes verrières peintes par Jean Haeck d’après des cartons de Van Orley sur commande de Charles Quint. Charles a voulu y célébrer sa famille dans des portraits s’inscrivant des des décors antiques surmontés de scènes de l’Ancien Testament : ses sœurs et leurs maris (Marie et Louis de Hongrie, Eléonore et François Ier roi de France).

Photo André Descamps

On terminera cette promenade dans un lieu enchanteur qui était au XVIe siècle en pleine campagne, la maison Erasme à Anderlecht, où le prince des humanistes, Erasme de Rotterdam a vécu et écrit, chez un de ses amis, chanoine de la collégiale voisine. Un autre chanoine de cette église, Adrien de Floriszoon ou d’Utrecht n’était autre que le précepteur de Charles enfant, qui influença fortement et durablement son élève. Le jardin philosophique enchanteur est parsemé de mots tirés des œuvres d’Erasme.

Photo André Descamps

Si on a une ou deux journées de plus, on pourra découvrir la ville d’Anvers qui devint à partir de 1520 la plus grande place commerciale d’Europe et celle de Louvain où fleurissait l’humanisme au sein de l’université.

Informations et liens complémentaires

* Pour se documenter sur Charles Quint, la bibliographie est assez abondante et on peut commencer par Charles Quint (Ed. Découvertes, Gallimard) et par Charles Quint (Coll. Que sais-je ?). Mais de nombreux auteurs reprennent d’excellents travaux d’érudits du XIXe siècle comme ceux de Louis Gachard dont on trouvera de nombreux titres en version numérique gratuite sur Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France,

par exemple sa correspondance avec son précepteur Adrien de Floriszoon

ou les relations des ambassadeurs vénitiens

* Pour se restaurer à Malines et goûter la bière préférée de Charles Quint, voire même y prendre une chambre, découvrez la brasserie Het Anker qui brasse les Carolus, dont l’ancienne Mechelsen Bruynen, et réalise à chaque date anniversaire de la naissance de Charles Quint un brassin spécial.

* Les répressions de Charles Quint et de son fils Philippe II ont alimenté la légende de Till Ulenspiegel transposée en Flandre par l’écrivain Charles de Coster en 1857 : "Deux enfantelets sont nés, l’un en Espagne, c’est l’infant Philippe, & l’autre en pays de Flandre, c’est le fils de Claes, qui sera plus tard surnommé Ulenspiegel. Philippe deviendra bourreau, ayant été engendré par Charles cinquième, meurtrier de notre pays. Ulenspiegel sera grand docteur en joyeux propos & batifolements de jeunesse, mais il aura le coeur bon, ayant eu pour père Claes, le vaillant manouvrier sachant, en toute braveté, honnêteté & douceur, gagner son pain." Vous pourrez le lire en ligne ici si vous ne le trouvez pas dans votre bibliothèque.

* Récit de voyage sur ce thème avec l’UPTA, juin 2015

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