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Avec Maxence Van der Meersch à Roubaix et sur la frontière, 13 avril et 26 octobre 2014

"Le beau roman, ce ne doit pas être l’histoire d’une exception. Ce doit être un morceau de la vie de tous les jours, où chacun se reconnaisse, et qui pourtant enseigne aux hommes quelque chose que tous ne voyaient pas" (Car ils ne savent pas ce qu’ils font)

Rencontrer Maxence Van der Meersch, cela pourrait être sur la côte si on pense à La Maison dans la dune, à Bruges, à Arras, à Walcheren, à Paris... Mais c’est avant tout là où il est né et où il a vécu, à Roubaix et sur la zone limitrophe de l’autre côté de la frontière, vers Courtrai, région d’où était originaire toute sa famille.

C’est pourquoi nous avons pris la route le 13 avril avec 35 compagnons de voyage et le 26 octobre avec 22 vers Roubaix, la ville qui fut "aux mille cheminées" du temps de la splendeur du textile. La promenade était guidée par Catherine Dhérent et les textes de Maxence Van der Meersch était lus par Frédéric Folcher.

Buste de Maxence Van der Meersch par André MissantPhoto Albert-Jean Mortreux

Notre premier arrêt à Wasquehal nous permit de retracer la biographie de ce long jeune homme étrange et émacié (1907-1951) dont André Missant a sculpté le buste qui est dans le petit jardin en face de la mairie.

Puis nous fûmes généreusement reçus le 13 avril par la municipalité pour découvrir les manuscrits, tapuscrits et notes de travail que Sarah Van der Meersch, fille de Maxence, a légués à la ville. MM Dennin et Chèvre nous expliquèrent le contenu de ce fonds et nous en présentèrent quelques pièces. M. Chèvre rappela que tous ces documents ont été numérisés par la bibliothèque municipale de Roubaix et sont visibles sur le site internet de celle-ci en cliquant ici. Vous pourrez aussi consulter sur le même site une exposition virtuelle consacrée en 2007 à Maxence, à l’occasion du centière anniversaire de sa naissance.

Un arrêt au bord du canal de Roubaix sur le quai des Canotiers servit à l’évocation de la rencontre décisive d’un Maxence de 20 ans, brillant étudiant, adulé par son père Benjamin qui voulait en faire un grand homme, et d’une misérable et jolie ouvrière de filature en savates, Thérèze Denis. Coup de foudre ! S’en suivit une rupture de quelques années avec le père, la nécessité d’écrire pour faire vivre sa femme puis sa fille Sarah, l’admission au barreau de Lille, et une longue plaidoirie qui ne devait s’achever qu’avec la mort, en faveur des pauvres, des faibles, des ouvriers qu’il observait et interrogeait notant minutieusement le moindre détail, la moindre expression. Ce furent en 1932 La Maison dans la dune (sur les contrebandiers), en 1933 Quand les sirènes se taisent (sur les longues grèves de 1931 chez les ouvriers du textile), en 1934 le premier tome de La Fille pauvre, en 1935 Invasion 14 (sur la détresse des populations dans le Nord occupé pendant la Grande Guerre)...

Tous ces grands textes furent écrits dans de très modestes maisons que Maxence a louées pour loger sa compagne au 246 rue Lamartine à Wasquehal puis, sur le trottoir d’en face, au 82 rue de Wasquehal à Mouvaux. Maxence devenait riche, ses romans étant tirés à des dizaines de milliers d’exemplaires.

C’est ainsi qu’il acheta juste derrière la rue de Wasquehal, une belle maison, 7 quai des Alliés, en juillet 1936.

Nous y fûmes accueillis le 13 avril à bras ouverts par Mme Boone, dite "la Brigitte Bardot de Wasquehal" car, présidente de la Ligue protectrice des animaux, elle accueille chez elle des dizaines de pauvres chiens abandonnés. N’est-ce pas un merveilleux clin d’oeil de l’histoire que cette maison qui du temps de Maxence abrita tant de chiens, soit encore aujourd’hui leur refuge ?

Quelques mois après l’achat de cette maison, Maxence emportait le prix Goncourt en décembre 1936 avec l’Empreinte du dieu (contre Louis Aragon et Georges Bernanos !). De ce moment jusqu’à sa mort, jeune, à 44 ans, Maxence Van der Meersch fut l’écrivain le plus lu de France.

Après être passés au 76 rue Cuvier, maison où Maxence naquit le 4 mai 1907, nous gagnâmes le quartier de l’Epeule, quartier très populaire au début du XXe siècle mais sans doute encore plus pauvre aujourd’hui, maintenant que toutes les usines textiles qui enserraient les maisons et les cours ont fermé et ont été détruites pour bon nombre d’entre elles. Grâce à la mairie de quartier de l’Epeule, les habitants des courées étaient prévenus de notre arrivée et invités à écouter les lectures que fit Frédéric dans les cours Lepers - d’où on a une vue sur l’usine Roussel et sa grande cheminée - et Senelaer. Dans ces cadres intimes et si calmes, Frédéric lut des passages d’Invasion 14 qui se déroulent très exactement ici : la maison proprette de la vieille Elise qui "n’avait jamais quitté sa cour. Elle en aimait la vie, cette communauté d’existences si particulières", celle de Laure qui "ici se sentait revivre. Elle regardait la "cour", sa "cour", où elle était née, où elle avait toujours vécu".

Cour Lepers, rue de l'EpeulePhoto Albert-Jean Mortreux

Maxence habita avec son père après le divorce de ses parents rue de l’Epeule et fréquenta pendant six ans l’école Condorcet, rue Brézin.

Grâce au directeur, M. Vanhoutte, nous avons découvert le lieu, à peu près tel qu’il était au début du XXe siècle. Le directeur et les instituteurs remarquèrent vite cet enfant maladif et appliqué, aux dons littéraires remarquables. Il n’en jouait pas moins sur les trottoirs avec les garnements du quartier, saisissant déjà dans sa mémoire les moindres détails.

Sa soeur Sarah organisait souvent leurs jeux dans le jardin de l’ancien couvent des Clarisses où Benjamin remisait aussi sa carriole et son cheval.

Revenant vers le boulevard du général de Gaulle et vers la rue Dammartin le 26 octobre, nous évoquâmes les riches demeures, l’indifférence de leurs propriétaires pour la misère des ouvriers, mais aussi la délicatesse d’une belle dame qui offrit des poires à Denise, la fille pauvre, et l’écouta.

"Elle m’a sauvé de la haine. Par elle, ma révolte s’est apaisée... Grâce à elle, j’ai compris plus tard, que l’amour allège tout, fait tout pardonner, adoucit les plaies à vif des déshérités, et que ce qui compte, c’est de leur apporter avant tout notre amour" (Le coeur pur)

Nous fûmes accueillis le 13 avril dans un des châteaux industriels de ces grands patrons, l’usine Motte-Bossut, par Martine Le Roc’h Morgère, directrice adjointe des Archives du monde du travail qui y sont abritées depuis 1993 et par M. Hardy, secrétaire général.

Illustration de Simons pour Quand les sirènes se taisent, édition de 1947 Illustration de Simons pour Quand les sirènes se taisent, édition de 1947

Cette "usine monstre" jouxte ce qui fut la rue des Longues-Haies, lacis de ruelles et de courées dans lequel Marguerite, la mère de Maxence tint un café. C’est là qu’éclatèrent les grandes grèves de 1930 et 1931. Maxence découvrit ce quartier grâce à ses amis de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC). L’ouvrier est pour eux une figure du Christ comme dans la chanson du Père Duval, la "calotte chantante" chère à Georges Brassens. "Rue des Longues-Haies, l’inconnu passait... Dedans la nuit claire, il a filé la laine, il rentre avec sa peine... Rue des Longues-Haies".

Pour l’écouter sur MusicMe cliquez ici

Nous terminâmes la matinée, sur la Grand Place, avec l’évocation d’un grand rassemblement de foule lorsqu’à la fin de l’occupation allemande, en novembre 1918, l’horloge de l’hôtel de ville, somptueux palais républicain élevé de 1907 à 1911, fut remise à l’heure française.

Nous pûmes aussi le 13 avril acquérir quelques oeuvres de Maxence dans la charmante librairie des Lisières qu’Emily Vanhée avait spécialement ouverte pour nous.

Pour introduire le thème de l’après-midi, le déjeuner fut pris à l’estaminet du Chemin-Vert à Neuville-en-Ferrain, sur la frontière : nous nous régalâmes d’une planche du Nord et d’une tarte aux pommes.

Pour évoquer les jeux et la contrebande sur la frontière, nous avions choisi de découvrir le musée du folklore de Mouscron, créé par Léon Maes en 1953.

Frédéric y lut l’extraordinaire description d’un combat de coqs dans l’Empreinte du dieu. Nous vivions tous la scène terrible en criant avec les parieurs, plus attristés qu’eux de la fin du coq vainqueur : "A ce moment, le grand coq s’affaissa doucement, se coucha pour mourir..."

Le musée est riche d’objets sur la contrebande du tabac auquel servaient de grands chiens bien dressés comme le Tom de La Maison dans la dune. Leur sort était souvent funeste.

De Butselesmolen à WevelghemPhoto Albert-Jean Mortreux

Cette région de Flandre compte encore de nombreux moulins même si la plupart ont disparu. Nous évoquâmes ces grands édifices de briques et de bois tels que dans l’Empreinte du dieu, craquant de toute leur membrure sous les vents du nord, au pied de celui de Wevelghem, le Vanbutselesmolen, moulin à huile de 1851.

La journée s’acheva dans la très belle ville de Courtrai. C’est dans le béguinage intimiste, aux 41 maisons du XVIIe siècle peintes en blanc, que la grand-mère de Maxence avait été accrocher son bouquet de mariée, tradition porte-bonheur.

Quel endroit plus propice que l’église Notre-Dame (Onze Lievevrouwekerk) dont la nef est de 1202 et le choeur de 1301, et sa chapelle Sainte-Catherine de 1375, pour parler de la foi de Maxence ? Il avait été élevé par un père libre-penseur qui très jeune lui avait fait lire Nietzsche et par des instituteurs républicains. Mais ce père ne disait-il pas curieusement : "Dieu, il vaudrait mieux pour lui qu’il n’existât point" ? Et ne dit-il pas tous les soirs la prière qu’il avait promise à sa mère mourante ?

Cette grand-mère Julie, Maxence l’avait vue souvent égréner son chapelet et présenter un visage serein et lumineux lorsqu’elle était plongée dans son vieux missel en flamand.

Maxence fut toute sa vie déchiré entre ces deux conceptions de l’existence. En 1936, après avoir perdu Benjamine, un bébé de 12 jours, après une conversation avec un docker de Dunkerque et sous l’influence de l’abbé Pinte et de ses amis jocistes, il décida de retourner à la foi de ses ancêtres.

"Mensonge, pensait Germain, mensonge ! Elle a gâché sa vie pour rien. Elle a tout donné..., pour un bonheur futur qu’elle ne connaîtra pas ! Et quelque chose en lui répondait : Et toi ? En as-tu davantage ? La conscience du néant de l’homme t’a-t-elle rendu plus heureux ? En as-tu été plus sage ?" (Maria, fille de Flandre)

La journée prenait fin. Nous quittâmes cette zone frontière et Roubaix, lieux si noirs et si tristes du temps de Maxence mais qu’il ne voulut jamais quitter longtemps pour d’autres cieux. Ce n’est que lorsque la tuberculose fut avancée, en mars 1946, qu’il se décida à passer une grande partie de son temps au bord de la mer, au Touquet, pensant que l’air plus pur le guérirait.

"- Quel attrait vous retient dans ce pays ?
- Pensez-vous que Nice ou Cannes m’en offrirait davantage ? J’aime mieux quand je serai mort, que mes os pourrissent ici, dans mon pays, dans le sol des Flandres où je suis né, où depuis toujours mes ancêtres ont vécu, qu’en quelque cimetière-caravansérail, destiné, plus tard, à être reloti, pour servir d’emplacement à des squares ou des villas... J’aime mieux rester au milieu des hommes, être jusqu’à la dernière minute un vivant parmi les vivants. Ne me parlez plus jamais de partir" (Car ils ne savent pas ce qu’ils font)

Le groupe à Courtrai Photo Albert-Jean Mortreux

Et pour compléter ce compte rendu, voici aussi le reportage photographique de notre amie Martine Aubry, toujours très attendu. Des prises de vue originales comme d’habitude et de belles photos de groupe.

Quelques témoignages après la promenade du 13 avril 2014

* "A nouveau une superbe journée grâce à vous, nous permettant de vivre ou de revivre la vie et l’œuvre de Maxence VdM. Quel beau travail avez-vous effectué ! et j’imagine toute cette préparation, tant dans les lieux à retrouver que la littérature à compulser pour apprendre tout ce que vous avez partagé avec nous toute la journée, sans notes et retrouver à vous deux les passages de son œuvre que Frédéric nous faisait vivre avec passion comme les combats de coqs, avec un tel réalisme que vous donniez tous deux l’effet d’être d’ardents supporters de ces joutes. Merci de me permettre d’être avec vous pour ces journées d’exception grâce à votre manière originale et attachante de traiter votre sujet tout en étant à l’écoute de chacun et veillant au respect du temps qui passe : avec le nombre impressionnant que nous étions et pas toujours facile à mener... les uns musardant le nez en l’air, d’autres photographiaient, tous se réunissant pour vous écouter avec bonheur. Grâce à vous j’ai redécouvert cet auteur que j’avais délaissé car tous ces lieux où il a vécu dans notre région le rendent plus proche et bien vivant. Je vous redis combien je suis touchée de participer à vos sorties et comme je les aime." (Chantal G., Dainville)

* "Ce fut une jounée très belle, très intéressante et très réussie, à la fois parce que le beau temps l’a illuminée, et parce que les visites que tu avais soigneusement préparées étaient en parfaite adéquation avec les textes choisis, très bien lus par Frédéric, avec le talent que nous lui connaissons : tu as su rendre justice à Maxence Van der Meersch, cet écrivain si attachant, qui a décrit avec amour ces territoires du Nord de la France et de la zone frontalière avec la Belgique. Tu nous a fait partager sa passion pour sa région natale. Merci pour ces belles découvertes, et pour les rencontres avec les personnes qui nous ont reçues avec tant de gentillesse." (Cécile C., Versailles)

* "...combien j’ai apprécié la dernière promenade ; j’ai été tellement enthousiaste dans ma relation du voyage auprès de ma belle-fille qu’elle a eu envie de m’offrir la biographie de Van der Meersch par sa nièce …" (Gisèle D., Neuville-Saint-Vaast)

* "Quelle merveilleuse journée que ce dimanche sur les pas de Maxence Van der Meersch ! Instructive d’abord : j’ignorais que ses romans étaient inspirés par sa vie, celle de ses proches et... le comble...qu’il avait vécu non loin des lieux de ma petite enfance ! Je vais relire ses romans avec un regard différent. Que d’émotions ensuite ! Ce fut pour moi une sorte de pélerinage, un retour aux sources. Des noms de quartiers enfouis dans ma mémoire : l’Alma, l’Epeule, le Capreau... J’ai revu mon école qui n’a pas changé, le pont des canotiers sans la guinguette et sa bourloire remplacées par un immeuble, le fameux canal dans lequel, gamins, nous nagions, vêtus de maillots de bain en laine ! Le chemin de halage pour la promenade du dimanche... Et bien d’autres souvenirs... Merci et à bientôt." (Michel V., Agnez-lez-Duisans)

* "Le groupe du 26 octobre a été ravi de cette visite. Je vous remercie très sincèrement, vous apportez une valeur sûre à ces sorties que vous dirigez." (Mme Allard, présidente de l’association lilloise VLAN)


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