français Le chemin des Dames, 11 novembre 2013, 2 mars 2014 - Mistral et Noroît, promenades et conférences culturelles Mistral and Noroît, cultural tours and lectures
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Le chemin des Dames, 11 novembre 2013, 2 mars 2014

« Cette trace de sentier, qu’on reconnaît quand même à son usure, bouleversé par les entonnoirs, c’est le Chemin des Dames. Cinquante mois on se l’est disputé, on s’y est égorgé, et le monde anxieux attendait de savoir si le petit sentier était enfin franchi. Ce n’était que ça, ce chemin légendaire : on le passe d’une enjambée … Si l’on y creusait, de la Malmaison à Craonne, une fosse commune, il le faudrait dix fois plus large pour contenir les morts qu’il a coûtés. Ils sont là, trois cent mille, Allemands et Français, leurs bataillons mêlés dans une suprême étreinte qu’on ne dénouera plus, trois cent mille sur qui des mamans inquiètes s’étaient penchées quand ils étaient petits, trois cent mille dont de jeunes mains caressèrent le visage. Trois cent mille morts, cela fait combien de larmes ? » R. Dorgelès, Le réveil des morts

Cette promenade nous a permis de découvrir les sites les plus importants de cette ligne de crête à l’est de Soissons qui, bucolique jusqu’en 1914, fut rendue célèbre par l’échec sanglant de l’attaque de Nivelle au printemps 1917 et par les mutineries qui suivirent. Ces lieux, à l’égal de Verdun, ont inspiré de nombreux écrivains. Ils ont une place importante aussi dans l’historiographie car longtemps on tenta d’oublier cette défaite coûteuse due à l’impéritie des états-majors.

Nous étions 35 personnes le 11 novembre 2013 et 23 le 2 mars 2014 à parcourir ce chemin, en compagnie d’oeuvres d’écrivains qui combattirent ici (en particulier Lettres à Madeleine et Calligrammes de Guillaume Apollinaire, Aurélien de Louis Aragon, Le Grand troupeau de Jean Giono), Petit-Louis d’Eugène Dabit, de l’exceptionnel roman Le Sang noir de Louis Guilloux, trop jeune pour faire la guerre, de récits de soldats comme Paul Tuffrau, ami de Romain Rolland mais aussi de romans contemporains comme Bleux Horizons où Jérôme Garcin évoque le poète et romancier Jean de la Ville de Mirmont.

La promenade était guidée par Catherine Dhérent et sera agrémentée de lectures par Frédéric Folcher.

Les photographies de ce compte rendu sont de Martine Aubry. Vous trouverez le reportage photographique de Martine en cliquant ici

[Le chemin des Dames] : [médaille] / [Pierre Roche]
[Le chemin des Dames] : [médaille] / [Pierre Roche]
Source : gallica.bnf.fr

Circuit


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A Cerny-en-Laonnois, nous fîmes un premier arrêt pour découvrir la chapelle commémorative et la petite lanterne des morts. On se croirait dans un Notre-Dame-de-Lorette miniature. Ce lieu consacré a été commandé par Mgr Douillard, évêque de Soissons, lui-même ancien combattant sur le Chemin et l’association nationale des combattants. Ce monument est tardif, datant de 1950, car on ne commémorait pas officiellement ce meurtrier Chemin des Dames jusqu’à la fin du XXe siècle. Ce sont les anciens combattants qui ont financé jusqu’à cette époque récente les monuments du Chemin. Les murs de la chapelle sont couverts de plaques des régiments qui ont souffert ici, et d’une plaque apposée par Pierre Teilhard de Chardin en souvenir de ses deux frères, d’une autre par Léopold Sedar Senghor en souvenir des siens.

Les régiments de tirailleurs sénagalais ont particulièrement donné ici, les généraux Mangin et Nivelle préférant exposer en première ligne "la chair noire" plutôt que la "chair blanche". Un ensemble de sculptures élancées de Christian Lapie rappelle le sacrifice de la 38e Division d’Infanterie d’Afrique. Cette Constellation de la souffrance apparait de façon théâtrale dans la brume du matin près de la Caverne du Dragon.

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Inscription dans la caverne du Dragon

Un guide nous fit ensuite comprendre l’importance du chemin des Dames au cours de la Première Guerre et la vie sur le plateau de 1914 à 1918. Chacun a sa façon de présenter.

Celui du 11 novembre 2013 nous demanda même un long temps de recueillement émouvant au sein de la Caverne.

A Hurtebise, terrible lieu où Jean Giono décrit rats et corbeaux dévorant les cadavres avec délectation, se dresse le monument d’un Marie-Louise de Napoléon (rappel de la bataille de Craonne de mars 1814) et d’un Bleuet de 1917 tenant fièrement le drapeau français. Eugène Dabit, revenu pacifiste convaincu trouvait ce fier monument commandé par les combattants à Maxime Real del Sarte, particulièrement grotesque.

Les ruines de l’abbaye de Vauclair évoquent un passé qui fut de tout temps mouvementé pour cette fille de Clairvaux créée par Bernard à la demande de l’évêque de Laon. L’offensive Nivelle acheva à partir d’avril 1917, le bâtiment gothique des frères convers.

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Dans les ruines de l’abbaye de Vauclair (photo Martine Aubry)

Sur le plateau de Californie, devant le monument d’Haïm Kern, érigé en 1998, "Ils n’ont pas choisi leur sépulture" Frédéric lut le cruel, ironique et prémonitoire poème de René Dalize, A tibias rompus. On ne retrouva jamais le corps du poète ami de Guillaume Apollinaire disparu ici.

Craonne, symbolise avec la Chanson de Craonne, la révolte sourde des soldats épuisés. Cette chanson nous accompagna des quelques pierres subsistant de l’église du bourg jusqu’au cimetière du village sur le plateau. Parmi les tombes crevées par les obus, l’une est de 1994. C’est celle d’Yves Gibeau, auteur de Allons z’enfants, qui entretint le souvenir du Chemin et voulut y finir ses jours.

Craonne en 1919


Chanson de Craonne par Horadrim

Le déjeuner fut des plus agréable, pintade à l’hydromel et clafoutis aux poires, servi avec célérité et sourire au Gril Picard à Corbeny. Une bonne adresse tant pour les particuliers que pour les groupes dont les horaires sont parfaitement maîtrisés.

Nous poussâmes jusqu’au Choléra, lieu où les chars français entrèrent en guerre le 16 avril 1917, ce qui est commémoré par un monument inauguré en 1922. Les pertes furent importantes les premiers mois avant le perfectionnement des engins.

Près de Pontavert, nous nous recueillîmes au Bois des Buttes, là où fut blessé Guillaume Apollinaire, d’un éclat d’obus à la tempe, ce qui nécessita deux mois plus tard sa trépanation. Il ne se remit jamais de cette blessure, son caractère changea, les échanges épistolaires avec Madeleine cessèrent, il perdit fougue et enthousiasme, et l’usage d’un bras. C’est ainsi que deux ans plus tard, le jour de l’abdication de Guillaume II, le 9 novembre 1918, il fut emporté par la grippe espagnole. En hommage, Frédéric lut les dernières lettres à Madeleine et un terrible poème, mélange d’érotisme et de mort, La Tranchée.

Dans la nécropole française de Pontavert, une lecture du Sang noir de Louis Guilloux, lorsque M. Marchandeau le proviseur apprend que son fils va être fusillé, fut faite à côté de la croix d’un de ces fusillés de l’aube, "pour voie de fait envers un supérieur et rebellion".

Moussy-Verneuil, deux villages entièrement reconstruits et qui ont fusionné après la Guerre, sont les lieux où tombèrent deux poètes du sud-ouest, Emile Despax, auteur de La Maison des Glycines, tué à son arrivée dans la tranchée et qui repose près de l’église, sous... une glycine, et Jean de la Ville de Mirmont, poète délicat originaire de Bordeaux.

"Cette fois mon coeur c’est le grand voyage/ Nous ne savons pas quand nous reviendrons/... Cette fois mon coeur c’est le grand voyage/... Emporte avec toi tes futurs pardons"

La mort dans la littérature de cette guerre, c’est celle qu’on reçoit de l’ennemi. C’est très rarement la mort donnée à celui-ci. C’est pourquoi, nous avons voulu lire, dans le cimetière allemand de Soupir, deux textes terribles dans leur cruauté qui montrent des "assassinats" d’Allemands par des Français, l’un tiré d’Aurélien d’Aragon, la mort qu’on donne pour sauver sa peau, l’autre du journal de Paul Tuffrau, la mort gratuite.

La dernière étape était Sancy-les-Cheminots, pour évoquer la reconstruction de certains de ces villages de la zone rouge, grâce ici à la fraternité des cheminots. Tous n’eurent pas la chance de ce village de poupée au creux d’un vallon et il n’est rien resté d’Ailles comme de bien d’autres qu’une plaque "Ici fut ...".

A Soupir, nous eûmes la chance le 2 mars 2014 de rencontrer le maire (M. Lemaire !) qui nous fit découvrir la très belle église de son village dont il fit restaurer il y a peu les vitraux.

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Mairie de Sancy-les-Cheminots

La nuit tombant, ce fut l’évocation de la démobilisation et une dernière lecture du Grand troupeau de Jean Giono. Sur le plateau de Valensole, on pleure Arthur Amalric, le mari de Félicie.

"Que chacun se recueille en son amitié pour celui qui était le sel de la terre".

Liens utiles

* Pour avoir une idée des paysages parcourus tels qu’ils étaient avant 1914, consultez cette très belle collection de cartes postales consacrée au Chemin des Dames

* Pour de nombreuses informations très précises sur le Chemin des Dames, consultez le Dictionnaire du Chemin des Dames

* et le portail du Chemin des Dames qui donne aussi accès au Mémorial virtuel du Chemin des Dames

Quelques commentaires après la promenade du 11 novembre 2013

* "Merci encore pour ce merveilleux we qui m’a permis de découvrir tant de choses ! Merci à vous deux pour tout ce travail de préparation et de présentation que vous nous rendez accessible !!! " (Isabelle G., Arras)

* "Merci pour cette toujours excellente ballade, cette fois sur le Chemin des Dames." (Claudine C., Arras)

* "Une fois de plus vous nous avez fait vivre votre passion littéraire, autour des faits historiques, batailles, tranchées, atrocités de cette "Grande Guerre" si meurtrière. Le jour était bien choisi, le soleil a percé timidement pour rapidement faire face à un réel brouillard, donnant encore plus d’intensité aux lieux visités, la crête, la caverne du Dragon très impressionnante et si vaste, mais que de souffrances, que de volontés, que de patriotisme mais aussi de peurs et d’abandons bien compréhensibles. Non loin d’Arras, complètement inconnu pour moi ce haut lieu, fut une fois de plus une réelle découverte. Merci à tous les deux pour une journée qui restera dans la mémoire de tous les participants je n’en doute pas." (Myriam M., Arras)

* "MERCI C’était dramatiquement émouvant " (Christine D., Mouvaux)

* "Journée qui fut riche en émotions et remise en mémoire de choses dont nous avions entendu parler en famille." (Marie-Claude J., Dainville)

* "Comment vous exprimer mes remerciements pour la belle journée du Chemin des Dames ? Vous avez su transformer des moments qui aurait dû être douloureux en une lumineuse promenade, grâce aux évocations de l’une et aux lectures réalistes et poétiques de l’autre. Quelle originale et belle idée de mêler littérature et faits de vie et surtout de mort cette fois. Et en rentrant je me promettais d’emmener là-bas mes petits-enfants de La Réunion qui reviennent en juillet, adorent l’Histoire et particulièrement 14-18. Il y manquera la saveur de vos commentaires et lectures mais ceux-ci continueront à faire partie de ma démarche auprès d’eux. Merci de cette journée dont j’ai profité à plein en pensant au temps passé à sa minutieuse préparation et à l’angoisse du moment pour que tout se réalise sans fausse note.. " (Chantal G., Dainville)


Mistral et noroît, Domaine des 3 Chênes, 1 allée des Huileries, 62000 Arras - SIRET : 75109826000019 - APE : 9329Z

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