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Trois jours avec "Jean Giono en Haute-Provence", vendredi 19 avril au dimanche 21 avril 2013

C’était un beau week-end de début de printemps en Haute-Provence sur les pas de Jean Giono. Cette promenade de trois jours nous a menés vers les lieux que Jean Giono a parcourus sa vie durant (1895-1970) et a transfigurés dans son oeuvre romanesque.


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La promenade était guidée par Catherine Dhérent et agrémentée de lectures de textes de Jean Giono par Frédéric Folcher.

Le groupe se constitua en divers points le vendredi 19 avril. Après un premier pique-nique confortablement installés grâce à la mairie de Manosque (et à M. Lazzarino en particulier) au pied du château des Riquety de Mirabeau (nous avons évoqué les deux frères révolutionnaires Mirabeau-Tonnerre et Mirabeau-Tonneau, Gyp puis Maurice Barrès, propriétaires du château), nous sommes arrivés à Manosque.

Jacques Mény, réalisateur, animateur de l’association des Amis de Jean Giono et des Rencontres Jean-Giono, nous accueillit au Paraïs, maison que Jean Giono avait acquise en 1930, d’où on domine la vieille ville. C’était un agréable moment au jardin d’évocation de la vie littéraire de Jean Giono, avant de faire la visite de la maison en la trouvant telle que Jean Giono l’a quittée.

Autour de Jacques Mény dans le jardin du Paraïs (photos Catherine Desmaris)

La fin d’après-midi fut consacrée à la découverte de la vieille ville et entre autres : le boulevard de la Plaine et l’esplanade (qui est Bellevue dans Le Moulin de Pologne), la rue Grande avec la maison paternelle de Giono (avec sa description dans Jean Le Bleu), l’intérieur de l’hôtel de Gassaud grâce à l’aimable autorisation de Gilbert Marijsse, prêtre de la paroisse (avec Angelo Pardi se réfugiant dans une belle maison de Manosque dans Le Hussard sur le toit), les vieilles rues de la ville paysanne (avec l’évocation d’un anarchiste italien réfugié chez les Giono et qui repart dans la nuit dans Jean Le Bleu), l’hôtel d’Herbès, maison de la marraine de Giono où il découvrit la musique (avec les musiciens ambulants Décidemment et Madame la Reine dans Jean Le Bleu et l’harmonica d’Albin dans Un de Baumugnes), le collège Saint-Charles où nous fûmes accueillis par Christian Dessout, le directeur, qui nous offrit l’historique du collège, (pour évoquer un lundi de Pâques où Giono devant faire un compliment à la Vierge la vit morte), enfin le couvent de la Présentation (où la pauvre Julie du maudit Moulin de Pologne est le souffre-douleur des autres filles de la classe).

Le 20 avril, la journée commença avec le sourire et le café d’Odile Fayet, à la ferme de la Margotte qu’avait acquise Jean Giono, dans la campagne de Forcalquier. Il venait là pour être seul et écrire sans être dérangé. Il y a travaillé au Hussard sur le toit, à Un roi sans divertissement. Sous un des énormes chênes, nous évoquâmes les arbres magnifiques qui peuplent l’oeuvre de Giono, qui sont même clé du mystère dans Un roi sans divertissement.

Un des chênes de la Margotte (photo Catherine Desmaris)

La lumière était superbe sur les coteaux lorsque nous écoutâmes Brel chanter la chanson que lui avait commandé Giono pour le film Un roi sans divertissement, "Pourquoi faut-il que les hommes s’ennuient ?".

Après une visite de Forcalquier et l’évocation de son passé médiéval, puis la découverte de la fontaine de chemin à la sortie vers Sisteron, et un passage devant la ferme des Dominici, ce qui nous permit de parler du procès que Giono eut la chance de suivre assis derrière le président du tribunal et dont il tira un essai troublant Notes sur l’affaire Dominici, nous pique-niquâmes dans l’église romane de Saint-Donat, des années 1030-1060, après avoir évoqué les "squelettes de villages abandonnés" (de Colline, Regain et bien d’autres romans).

Saint-Donat

A Ganagobie, nous avons été reçus par le frère Mathieu Vassal, archiviste-bibliothécaire qui nous avait préparé un moment d’échange riche. Il nous parla d’abord des visites que Giono faisait à l’abbaye et nous montra une dédicace au prieur, le père Lorenzi, dont ce passage : "et en parfait accord avec l’essentiel". Rappelons que Giono était athée comme son père, cordonnier, qui avait toujours la Bible ouverte sur son établi et la lisait en cousant des chaussures.

Dédicace de Jean Giono sur Les Grands chemins (photo Mathieu Vassal)

Le frère Vassal nous fit découvrir quelques-uns des manuscrits (dont une Bible de Cluny), incunables et ouvrages précieux (dont les planches d’un Théâtre de l’Italie, un des deux exemplaires en français connus au monde) du prieuré. Enfin il nous a offert à chacun un n° du Bulletin du monastère de Ganagobie de février-mars 2000, dans lequel il avait publié un article très intéressant sur Jean Giono et la foi, intitulé Le plateau des étoiles, que certains ont immédiatement dévoré.

Nous avons ensuite visité l’église romane du XIIe siècle, restaurée il y a une trentaine d’années, avec certains traits architecturaux bourguignons, avec son porche orné du Christ en mandorle, duTétramorphe, et des apôtres, son dallage de mosaÎques comme on en trouve au Moyen-Orient.

Portail de l'église du prieuré de Ganagobie

Du belvédère, nous avons rappelé ce qu’est cette Durance, capricieuse jusqu’aux aménagements hydrauliques des années 1950, une des plaies de Provence. Nous avons vu le vieux manouvrier essayer de la traverser pour aller vers la ferme de la Douloire (Un de Baumugnes).

La Durance vue du belvédère de Ganagobie (photo Catherine Desmaris)

A Lurs, village perché, ont lieu chaque année en août, depuis 1955, les Rencontres internationales de Lure, initiées par Jean Giono et son ami Lucien Jacques : s’y retrouvent éditeurs, typographes, graphistes, calligraphes, imprimeurs. A la chapelle Notre-Dame-de-Vie qui domine la Durance, au bout du chemin des Evêques, nous avons écouté le père de Jean Giono lui parler de l’espérance. "Tu rencontreras sur ta route des hommes qui sont suivis par des troupeaux de montagnes... On remarque à peine que leurs mains ouvertes éclairent l’ombre comme des veilleuses".

Lurs, la chapelle Notre-Dame de Vie (photo Catherine Desmaris)

Il nous restait à découvrir le plateau de Valensole en prélude à la journée du lendemain consacrée à la découverte des vraies richesses. Malgré le soleil, il était facile en montant d’Oraison et après avoir traversé la vallée de l’Asse, de comprendre la solitude des gens d’ici et d’évoquer l’utopie du plateau de Grémone (Que ma joie demeure), l’arrivée du providentiel Bobi, une nuit d’hiver glacée, la redécouverte des plaisirs que procurent l’inutile, la beauté et l’amour qui s’ensuit.

Le dimanche 21 avril était consacré à la découverte des Vraies richesses. Nous avons suivi le parcours de la patache qui monte de Manosque à la montagne de Lure, en passant par Vachères, où le clocher est peint du bleu de l’azur, et Banon, au début de Regain. C’est le même parcours que fit faire Jean Giono à ses admirateurs fin août 1935, jusqu’au Contadour, où le groupe s’arrêta et s’acheta une "habitation d’espoir", pour renouveler l’expérience deux fois par an jusqu’à la déclaration de guerre en septembre 1939. Après l’époque douloureuse de la guerre, le pacifiste Giono, ne voulut plus recommencer l’expérience du Contadour. Son oeuvre devient alors plus sombre, moins lyrique, plus tournée vers une introspection de l’âme humaine.

Banon, la porte du vieux village, XIVe siècle

Banon, c’est aussi dans ses environs que commence Le Hussard sur le toit, et c’est dans l’auberge, que s’endort d’un sommeil lourd Angélo après avoir bu quatre litres de vin. S’abstenir d’eau est ce qui le sauvera au bout du compte du choléra qui ravage la contrée.

Nous allâmes sur le plateau d’Albion jusqu’à la chapelle Notre-Dame-de-Lortiguière, à la sortie de Revest-du-Bion pour pique-niquer sous un soleil radieux en écoutant parler les animaux, les horribles corbeaux qui se nourrissent des victimes du choléra ou les chiens qui se mettent à tenir le haut du pavé (Le Hussard sur le toit), mais aussi les tendres, comme le cheval du capitaine Langlois, qui "aimait au-dessus de sa condition" (Un Roi sans divertissement).

Enfin, nous parcourûmes le plateau du Contadour en évoquant les villages disparus après la Première Guerre mondiale comme celui de Vieux-Retordiers (Aubignage dans Regain). Nous n’avions plus le temps de humer l’air, rêvasser et écouter Giono conter, au milieu de ces solitudes, où il n’y a rien... que les vraies richesses. Il nous fallait regagner les gares et nous quitter, comme beaucoup le font chez Giono, après une expérience d’amitié, comme le vieil anarchiste l’avait fait une nuit en laissant son père désemparé.

Frédéric a lu un dernier texte, tiré d’Un de Baumugnes. Albin est dans le train, le vieux manouvrier sur le quai de gare :

"Je le regardais, il me regardait, et ça s’est fini comme ça, sans une parole. J’ai d’abord fait un pas en arrière, puis encore un. A un moment donné, je me suis trouvé juste à la limite d’où je pouvais voir encore ses yeux. Alors, j’ai entendu que ses yeux-là disaient : "Merci, mon copain, mon plus que copain ; merci, grand-père du-bonheur. Ça va ; ça va aller maintenant ; c’est fini, tu vois ! Merci, merci !..."

J’étais au bout de la ficelle d’amitié amarrée dans nos deux cœurs ; encore un pas, elle cassait. Et j’ai fait ce pas en arrière, et je suis parti. Voilà !"

Messages reçus après la promenade

* "Encore merci Catherine, pour ces belles journées d’immersion dans le pays et la vie de Giono." (Jean-Pierre C., Grambois)

* "C’était magnifique, passionnant et parfait ! Vive Giono" (Pierre K., Lambersart)

* "week-end que nous avons particulièrement apprécié tant pour le contenu que pour l’ambiance qui a régné sans oublier les merveilleux paysages du pays de Giono" (Claudine C., Mouvaux)

* "Ce fut à nouveau un régal de vous suivre sur les traces de Jean GIONO. Encore toutes nos félicitations et un grand merci." (Françoise B., Rouen)

Nous avions été transportés sans encombres malgré les difficultés du parcours notamment à Ganagobie, par un chauffeur sympathique et expérimenté, Patrick, de la compagnie Sumian.


Mistral et noroît, Domaine des 3 Chênes, 1 allée des Huileries, 62000 Arras

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