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Lille au début du XXe siècle, quand Marguerite Yourcenar était enfant, dimanche 16 décembre 2012

"Lille surtout reste le lieu des cauchemars. Il en hait les murs noirs de suie, les pavés gras, les cieux sales, les grilles et les portes cochères renfrognées des beaux quartiers, l’odeur moisie des ruelles pauvres et le bruit de toux qui monte de leurs sous-sols..." " Je me souviens d’un hiver à Lille, où pendant cinquante-huit soirées, il y eut bal ou grand dîner chaque soir tant chez nous que chez nos amis et chez les hauts fonctionnaires militaires et civils..." (Archives du Nord)

C’est avec un groupe de 35 personnes que nous avons découvert certains aspects du Lille du début du XXe siècle, tout d’abord le Vieux-Lille où le grand-père paternel de Marguerite Yourcenar, Michel Cleenewerk de Crayencour avait un bel hôtel particulier échu avec la dot de Noémi Dufrêne, "l’abîme mesquin", puis les aménagements de la seconde moitié du XIXe siècle qui firent de Lille une des plus grandes cités de France, riche et d’un formidable dynamisme économique.

Le temps a aussi été de la partie puisque nous n’avons essuyé que quelques gouttes de pluie !


Cette promenade était guidée par Catherine Dhérent et ponctuée de lectures de textes de Marguerite Yourcenar par Frédéric Folcher.

Ces textes étaient extraits de la trilogie Le Labyrinthe du monde dans laquelle, vers la fin de sa vie, Marguerite Yourcenar, recompose l’histoire d’une famille aristocratique et de grande bourgeoisie avec laquelle elle ne s’est pourtant jamais senti beaucoup d’affinités. Mais comme elle l’écrit : "Ce qui surnage comme toujours, c’est l’infinie pitié pour le peu que nous sommes, et, contradictoirement, le respect et la curiosité de ces fragiles et complexes structures, posées comme sur pilotis à la surface de l’abîme, et dont aucune n’est tout à fait pareille à une autre" (Souvenirs pieux).

Les trois grands textes qui composent cette trilogie sont Souvenirs pieux, Archives du Nord et Quoi ? l’éternité, resté inachevé à la mort de l’auteur en 1987.

Circuit

A la Gare Lille-Flandres d’où la jeune Marguerite partait avec son père, Michel Cleenewerk de Crayencour, à la découverte du monde, nous avons évoqué les ascendants lillois de Marguerite, sa conception du monde, de la vie et la façon dont elle considérait, assez négativement, il faut dire, la ville de Lille, à l’époque très industrieuse, sale, polluée.

Un arrêt devant la Chambre de commerce et d’industrie et l’Opéra nous permit de parler des grands travaux du maire Charles Delesalle et des réalisations de l’architecte Louis-Marie Cordonnier.

Au chevet de Notre-Dame de la Treille, nous racontâmes l’aménagement de cette place, l’ancienne Motte-Madame, les populations en majorité pauvres qui peuplaient les maisons environnantes, le fossé économique qui les séparaient des 9% de riches.

Maisons au chevet de la cathédrale Photo Martine Aubry

La grande bourgeoisie catholique, prospère, fervente, fut à l’initiative de la construction, bien laborieuse, de l’église néo-gothique et obtint son érection en cathédrale, en 1913. La lecture d’un texte sur la foi compassée des grands-parents maternels de Marguerite, offrait un autre aspect de la vie religieuse de ces grands notables.

Le groupe dans Notre-Dame de la Treille Photo Martine Aubry

Les femmes priaient cependant ardemment et faisaient périodiquement retraite dans de nombreux petits couvents comme celui des soeurs de Notre-Dame de la Treille construit en 1887, dans le jardin duquel nous entendîmes Marie Cleenewerk de Crayencour, soeur du père de Marguerite, faire son examen de conscience en 1901, avant qu’elle ne disparaisse tragiquement l’année suivante.

Son père avait été président du conseil de préfecture jusqu’en 1880, d’abord dans le sobre hôtel de la rue Royale, aujourd’hui siège de l’évêché. Il y était arrivé comme jeune conseiller juste à temps pour y vivre les événements révolutionnaires de 1848 qui lui firent perdre rapidement un certain nombre d’illusions.

En deux minutes, il était à la maison, dans le grand hôtel particulier de la rue Marais, "la bien nommée" d’après Marguerite, dont la terrible Noémi dirigeait le train. Nous avions la chance de pouvoir entrer dans ce qui reste de l’ancien parc et dans la cour. C’est la seule maison où Marguerite Yourcenar a vécu en France qui soit encore debout. Elle est représentée en vignette de cet article.

Michel ayant acheté peu de temps après son mariage un pur-sang pour se promener dans les belles allées depuis peu percées, s’était entendu dire de son beau-père Amable Dufrêne, président du tribunal d’instance de Lille : "Vous commencez de bonne heure à changer l’argent de ma fille en crottin !".

Photo Martine Aubry

De la ruelle des 3-Anguilles, une des 200 ruelles insalubres que comptait alors Lille, on peut voir les fenêtres des chambres des enfants Cleenewerk. C’est de là, que leur charmante petite bonne anglaise eut le malheur de regarder passer la musique des soldats sortant du quartier général, à deux pas.

Comme l’hôtel de la rue Marais est aujourd’hui divisé en appartements, nous avions choisi le cadre évocateur de la maison Maillot rue Princesse où est né Charles de Gaulle en novembre 1890 pour lire des textes de Marguerite évoquant le salon de tous les potins, la salle à manger et son grand dîner du mardi, la chambre, un thème qui revient souvent dans son oeuvre car c’est l’endroit où se concentraient à l’époque les temps essentiels de la vie.

La chambre où est né Charles de Gaulle Photo Martine Aubry

Après une pause déjeuner à l’estaminet Le petit Barbue d’Anvers, nous nous remîmes en marche pour parler de la mairie du début du XXe siècle, place Rihour, puis des agrandissements magnifiques de Lille sous le Second Empire avec le percement de grands boulevards de 32 mètres de large bordés de platanes et l’aménagement de 80 ha d’espaces verts.

C’est autour de la place Napoléon III, aujourd’hui de la République, que se concentrèrent alors toutes les richesses et tous les puissants(administratifs, culturels, médicaux, scientifiques, ecclésiastiques...) avec à partir de 1865, la construction d’une nouvelle préfecture (inspirée de quelques modèles parisiens) et vingt ans plus tard, d’un Palais des Beaux-Arts voulu par le maire Géry Legrand pour abriter les collections exceptionnelles du musée.

Un des plafonds du Palais des Beaux-Arts Photo Martine Aubry

Tous les aménagements somptuaires mais aussi les réalisations sociales avant-guardistes de ce maire et de son successeur Gustave Delory, grevèrent lourdement les finances municipales mais donnèrent un lustre exceptionnel à Lille et améliorèrent le sort des plus pauvres.

La promenade se termina en allant admirer, comme si souvent le père de Marguerite le faisait, la mystérieuse et si délicate tête de cire de la Renaissance, enfin des tableaux de l’exposition Fables du paysage flamand avec quelques dernières lectures tirées cette fois de l’Oeuvre au noir.

Et voici le reportage photographique, très beau comme d’habitude, de notre amie, Martine Aubry.

Cliquez ici pour voir les stations et profiter de l’interactivité de la carte


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Quelques commentaires après la promenade

* "Merci pour cette belle promenade. Je connaissais beaucoup de lieux mais je les ai revus avec plaisir sous un autre angle. A bientôt pour une autre visite" (Marie-Christine M., Lille)

* "Merci pour cette excellente journée en votre compagnie. Nous avons beaucoup appris sur la vie de Marguerite Yourcenar." (Pierre-Marie et Sophie D., Arras)

* "Merci à vous, Catherine et Frédéric, pour ce beau dimanche qui nous a si bien éloignés de la folie marchande dominicale lilloise. Nous en gardons un excellent souvenir que nous prolongerons évidemment par des lectures." (Elisabeth et Philippe B., Arras)

* "Nous sommes lillois depuis 3/4 de siècle et MARGUERITE la Lilloise nous était inconnue...merci à tous 2 pour cette découverte !" (Christine D., Mouvaux)

* "Merci à tous deux pour cette journée de découvertes, nous voyons tout avec plus d’acuïté, de sensibilité, nous nous enrichissons de vos connaissances !!" (Annie et Jean-Pierre T., Gouves)

* "Nous avons passé un excellent dimanche en votre compagnie ainsi que celle de M. Yourcenar. Merci pour cette journée instructive et amicale. Nous avons pris le temps, malgré la fatigue, avant de quitter Lille de passer à la FNAC pour acheter l’oeuvre au noir pour moi et la trilogie pour Huguette. C’est dire !!!" (Michel et Huguette V., Agnez-lès-Duisans)

* "C’était passionnant ce dimanche" (Pierre K., Lambersart)

* "Cette visite de Lille était super, comme d’habitude." (Gisèle D., Neuville-Saint-Vaast)

* "Un grand merci pour la visite de dimanche et pour toutes les découvertes que tu m’as ainsi permis de faire." (Marie-Claude J., Dainville)

* "Nous venons vous remercier pour cette très belle visite. Bien que Lille soit une ville que nous connaissons relativement bien, nous avons découvert plein de choses et avons maintenant envie de découvrir Marguerite Yourcenar." (Françoise et Jean-Marc C., Vaux-le-Pénil)

* "Merci à vous pour la très belle promenade c’est une visite enrichissante" (Luce et Christian D., Lille)


Mistral et noroît, Domaine des 3 Chênes, 1 allée des Huileries, 62000 Arras

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