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Joseph Conrad dans le Kent

Nous proposons ici un long week-end de 3 jours sur les pas d’un des plus grands écrivains de langue anglaise même si celle-ci n’était pas sa langue maternelle. L’Angleterre fut la terre la plus chère à son cœur, une fois qu’il mit pied à terre, après 20 années passées à parcourir les mers du monde entier sur des voiliers de commerce. Il a habité dans différents comtés mais avait une préférence marquée pour le sud de l’Angleterre et notamment le Kent. Le Kent était proche de Londres et des éditeurs, tout en procurant le calme qui permet la création. Même s’il lui manquait là "l’abondance stellaire de ses nuits des mers du Sud" (Alain Jaubert), il vivait entre deux mers, tout proche des ports de la Manche comme de la mer du Nord et de l’estuaire de la Tamise. De nombreux artistes et écrivains résidaient dans ce comté. C’est la raison pour laquelle Conrad s’y est aussi installé. Il n’a jamais été propriétaire et a souvent déménagé. Cet esprit très tourmenté avait besoin de se sentir absolument bien pour écrire. Il exigeait donc régulièrement de sa femme Jessie de lui procurer un nouveau logis, meilleur que le précédent.

Circuit

On commencera la promenade en débarquant à Douvres pour visiter la forteresse, comme Conrad le fit.

On longera la côte vers l’ouest, pour s’arrêter à quelques kilomètres à Sandgate.

H. G. Wells, grand ami de Conrad, vécut successivement ici dans trois maisons, la première toute petite, Beach Cottage, puis une autre toute proche, Arnold House, plus confortable, le long de l’immense plage de gros sable rouge, où il résida de 1898 à 1901, enfin, à Castle road, Spade House, grande demeure qu’il fit construire à partir de 1899, dominant la mer sur la falaise, et où il vécut de 1901 à 1909. C’est ici qu’il commença un de ses livres les plus heureux, Kipps. Et pendant les neuf années qu’il passa à Spade House, il acheva un grand nombre de romans. Wells attira ici tout le who’s who de la littérature, dont G. B. Shaw, Ford Madox Ford, Henry James, Stephen Crane, Rudyard Kipling. Wells et Joseph Conrad se sont beaucoup fréquentés, notamment lorsque les Conrad ont déménagé à six miles de Sandgate, à Pentfarm, en septembre 1898. Wells rendait visite à Conrad à bicyclette ou Conrad à Wells en voiture à poney, en une trentaine de minutes. Lors d’une visite chez H. G. Wells, la sonnette électrique de l’entrée s’activa toute seule. Depuis ce moment, Conrad appela toujours Wells, l’homme invisible. Les Conrad passèrent à Spade House de nombreuses journées très agréables. La maison existe toujours, on la devine bien de la rue mais elle a subi depuis le départ de Wells de nombreuses et importantes transformations.

Sandgate, Spade House

Pent Farm, une des maisons habitées par Conrad est en effet à quelques miles. C’est sur une de ces petites routes des South Downs, très étroites et bordées de hautes haies, qu’on découvre le très petit hameau de Postling, cette calme demeure de briques à deux niveaux. C’est aujourd’hui une très grande et riche ferme bordée de gigantesques entrepôts et étables mais la maison est restée comme elle était au début du XXe siècle. Conrad est arrivé de l’Essex dans le Kent en 1898. La maison, petite et ancienne, lui avait été laissée par son ami Ford Madox Ford. Conrad est enthousiaste. Il s’installa dans les meubles pré-raphaélites de Ford Madox, écrivait sur un bureau Chippendale sur lequel avait écrit Christina Rossetti ou sur un autre qui avait appartenu à Thomas Carlyle. Les collines du Kent exercèrent une véritable fascination sur lui, au-delà du petit jardin et de son allée de briques qu’il arpentait avec frénésie pour trouver l’inspiration. Il y avait pour la première fois une place à lui pour travailler.

Postling, Pent Farm

C’est ici que Conrad a écrit quelques-uns de ses plus grands textes : lord Jim (1900), Jeunesse (1902), Nostromo (1904)… Dès 1924, Ford Madox Ford (Ford Madox Hueffer), a écrit un roman-portrait de Joseph Conrad : A Personal Remembrance dans lequel est entre autres, évoquée l’atmosphère de Pent-Farm. La grande cuisine au sol de briques rouges sur lequel se meuvent de nombreux chats et un rouge-gorge sauvage. Il avait une vieille jument appelée Nancy, aux si longues oreilles qu’on l’aurait prise pour une mule et un vieux cabriolet d’osier. Le salon était une pièce sombre avec une poutre au milieu du plafond bas, des roses sur les appuis de fenêtres. La vue de là sur une grange au toit de chaume, puis une étroite pelouse devant un mur de brique bas où Conrad et Ford Madox plantèrent un oranger. Ils passaient du temps à tirer sur les rats avec un fusil Flobert sans en atteindre jamais un. Ils jouaient aux dominos ou aux échecs.

De nombreux hôtes ont peuplé la solitude de Pent-Farm : H. G. Wells y venait souvent, George Bernard Shaw, Stephen Crane et sa maîtresse Cora, Jack Galworthy le mieux accueilli de tous, ici, arrivant à pied à travers champs avec son cocker noir, Chris. Mais comme toujours, Conrad reprocha à la maison ses problèmes et chercha une nouvelle maison en juillet 1907. Pent-Farm était finalement humide et trop chère !

Aldington En août 1908, Conrad vient passer des vacances à Hogben House, une ferme avec des chambres à louer. Il décide de vivre dans une maison en face de cette ferme. Elle était petite et étroite mais à un jet de pierre de la très vieille église dans laquelle Erasme avait prêché en 1511. La famille Conrad s’y installa en mars 1909. Malgré l’inconfort du lieu et une dépression, Conrad y acheva Sous les yeux de l’Occident. L’église avec le cimetière ajoutait sa propre touche macabre et Jessie, la femme de Conrad, promit de ne plus jamais vivre près d’une église. Une fois remis, Conrad décida en mai 1910 de quitter cette maison qui lui était devenue odieuse. Il s’installa à Orlestone, 5 miles plus loin.

Aldington

Orlestone Joseph Conrad s’installa donc dans ce charmant village, dans Capel House, sur Capel Road. C’était une vieille ferme basse de briques rouges. C’est là qu’il demeure le plus longtemps au cours de sa vie, de juin 1910 à 1919. Il rechigna même à quitter cette maison, chose remarquable !, lorsqu’il y fut obligé. Au milieu d’un verger, lui-même entouré de plaines et de chênes verts, il y trouva la solitude qu’il recherchait. Il y écrivit les derniers de ses plus remarquables romans. Il se met à gagner beaucoup d’argent, notamment avec Fortune (Chance en anglais) et Entre terre et mer qui furent des best sellers en Amérique. C’est à Orlestone aussi que fut terminé Victoire et le magnifique La Flèche d’or (1918) dont l’action se déroule à Marseille, souvenirs de jeunesse de Conrad.

Bishopbourne Dans ce tout petit village au sud de Canterbury, est nichée au flanc sud de l’église et au bord des pâtures de moutons, Oswalds, une jolie maison de style géorgien, blanche aux volets bleus, dernière demeure de Conrad, à partir de 1919. A l’arrière, un jardin hollandais devant un porche où Conrad aimait s’asseoir lorsqu’il faisait chaud en attendant le repas. La pièce la plus importante était son petit bureau, entouré d’étagères de livres, très modestement meublé car Conrad avait des goûts simples. Un fauteuil faisait face à la fenêtre par laquelle Conrad aimait regarder les oiseaux sautillant sur la pelouse. Conrad y menait grand train. Il y accueillit de nombreux hôtes, écrivains (T. E. Lawrence, Paul Valéry, le jeune Hugh Walpole) et musiciens. John Powell y joua la Rhapsodie nègre, inspirée du roman Au cœur des ténèbres. Il y travailla aussi à ses derniers romans autant que la maladie de la goutte le lui permettait : La Rescousse (1920), Frère-de-la-Côte (1923), Angoisse écrit avec Ford Madox Ford. Fin juillet 1924, Conrad marchait dans la campagne pour voir une maison où il pourrait déménager car il commençait à se lasser d’Oswalds, lorsqu’il fut saisi d’une violente douleur dans la poitrine. Il mourut le 3 août à 8h30, installé dans son fauteuil. Un portail de la mairie, financé par des admirateurs américains, a été baptisé du nom de Joseph Conrad.

Bishopbourne, Oswalds

Canterbury La ville médiévale, très pittoresque, sur la rivière de la Stour, est encore en grande partie entourée de ses remparts. Sur la route entre la côte est du Kent , Douvres et Londres, elle prit de l’importance au moment où elle fut conquise par l’empereur Claude en 45. Elle fut ensuite occupée par les Saxons qui lui donnèrent son nom (Cantwarabyrig, le bourg des hommes du Kent). Elle devient la capitale du royaume saxon du Kent en 560, sous le roi Ethelbert. La ville fut florissante grâce à l’industrie lainière au Moyen-âge. Elle peut s’honorer d’être la mère de la littérature anglaise puisqu’elle est le but et l’inspiratrice du premier grand ouvrage en langue anglaise moderne, les Contes de Canterbury. La proximité de Londres par le train était intéressante pour Conrad qui chercha des maisons dans la campagne mais à proximité du chemin de fer.

On consacrera une demi-journée à visiter la splendide cathédrale où fut assassiné l’archevêque Thomas Beckett en 1170, où se trouve dans la chapelle de la Trinité, la tombe du Prince noir, qui se distingua aux batailles de Crécy et Poitiers, puis à se promener dans le paisible enclos (Precincts) dans lequel on découvre les ruines de l’abbaye qui a précédé le siège cathédral et le King’s College où furent élèves, les futurs écrivains Christopher Marlowe, Somerset Maugham, Hugh Walpole. Conrad est venu visiter la cathédrale avec ses fils.

La cathédrale de Canterbury vue de Dane John Gardens

Après une promenade dans la vieille ville, où l’on trouve de nombreux souvenirs dickensiens, on se rendra en voiture au cimetière municipal. La tombe de Conrad est une sobre pierre brute dressée sur un lit de gravillons au fond du côté droit du cimetière, dans la partie catholique romaine. Il y repose avec sa femme, ses fils Borys et John. Un gros chat noir s’y promène depuis six ans et certains l’ont baptisé Conrad !

Conrad repose sous son patronyme polonais, Joseph Conrad, Teador Korzeniowski. Les vers de 1550 d’Edmund Spencer, sont gravés en-dessous : "Sleap after toyle, Port after stormies seas, Ease after warre, Death after life, Does greatly please" (Le sommeil après la peine, le havre après les mers tempétueuses, le bien-être après la guerre, la mort après la vie, tout cela est fort plaisant)

Canterbury, tombe de Joseph Conrad

Faversham est un bourg très pittoresque aux vieilles maisons à pans de bois et huisseries de couleurs, et qui compte encore la plus vieille brasserie d’Angleterre, Shepherd Neame Brewery. C’était jadis un port : les docks ont été reconvertis en ateliers, cafés et boutiques. A l’intérieur d’un des bâtiments, des panneaux expliquent la restauration du Cambria, bateau à voiles construit en 1906 à Sailing Barge à Greenhithe. C’est le dernier bateau de ce type construit en Angleterre et qui a servi jusqu’en 1970. Il présente un intérêt pour notre promenade puisque Conrad a navigué sur de semblables voiliers et que son fils a été élève à l’école navale de Greenhithe.

Pour changer de paysage, et se rappeler que pendant 20 ans, Conrad fut un marin avant d’être un écrivain, on longera la côte est du Kent, en s’arrêtant notamment à Broadstairs, la plus dickensienne des bourgades, et dans la médiévale Sandwich, s’il reste un peu de temps.

Lectures

Outre bien sûr les ouvrages de Conrad, écrits dans cette région et dont certains sont cités ci-dessous, ainsi que l’excellente introduction de Sylvère Monod aux cinq volumes d’œuvres de Conrad dans la Pléiade, on pourra lire le roman d’Alain Jaubert, Au bord de la mer violette (2013). Même s’il se déroule à Marseille, premier port d’où le jeune Konrad Korzeniowski a embarqué à 17 ans, Conrad y médite sur sa vie et sur une rencontre dans le Vieux-Port, en 1875, avec un certain Arthur, un "homme aux semelles de vent", dont les rêves furent si proches des siens. Le deuxième chapitre sur les derniers jours de Rimbaud, à l’hôpital de la Conception à Marseille sont émouvants.

Nous conseillons aussi vivement à ceux qui lisent l’anglais, The literary Guide and Companion to Southern England de Robert M. Cooper. Cet excellent ouvrage publié par Ohio University Press et qu’on peut facilement se procurer en ligne, est une mine d’informations précises et vivantes sur chaque commune du sud de l’Angleterre qui eut un lien avec un auteur.

Quelques liens utiles

* Pour dormir, nous recommandons à la porte de Canterbury près du village de Chartham, Howfield Manor, vieux manoir typique du Kent dans son petit parc

* A Canterbury, on peut boire une bière ou un verre de cidre local ou se restaurer près de la plus vieille porte médiévale de la ville, la Westagate tower, au Café des Amis qui s’est fait une spécialité de cuisine mexicaine et méditerranéenne. Le nom est réellement en français. L’atmosphère est très sympathique.

* On ne peut passer à Faversham sans visiter la plus vieille brasserie anglaise, Shepherd Neame

* A Broadstairs, on ne peut manquer de goûter d’un bon pudding, en dominant la mer dans la véranda de l’hôtel où Dickens a écrit nombre de ses œuvres, au Royal Albion Hotel Nous n’avons pas testé l’hôtel mais on peut aussi y séjourner pour profiter quelques jours du bord de mer.

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Mistral et noroît, Domaine des 3 Chênes, 1 allée des Huileries, 62000 Arras

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