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A Ostende avec les peintres Ensor et Spilliaert

La reine de nos sens, la lumière nous éclaire, nous insuffle la vie et nous montre de nouvelles voies vers la joie et la félicité » (James Ensor)

Profitons d’un début d’été ensoleillé pour gagner Ostende sur la côte belge ! La vaste plage et sa longue digue, la lumière si douce, la gaieté de ses terrasses de restaurants et de bistrots, l’animation joyeuse de tous les vélos et cuistax (petites voitures à pédales), en font vraiment une destination idéale pour un beau dimanche ou un week-end. Mais bien sûr, il n’y a pas pour nous que les plaisirs de la plage ou les croquettes de crevettes. Nous retrouvons ici deux grands maîtres ostendais que nous aimons particulièrement, James Ensor et Léon Spilliaert, mais aussi bien d’autres artistes qui depuis plus d’un siècle et demi apprécient particulièrement cette villégiature.

James Ensor et Léon Spilliaert sont nés à Ostende à 20 ans d’écart, le premier en 1860, le second en 1881. Entre ces deux dates, Ostende, de port de pêche, est devenue une station balnéaire mondaine où on afflue de toute l’Europe pour se distraire au Casino ouvert en 1850 et flâner sur la digue. La famille royale belge en a fait sa villégiature d’été à partir de 1834, le chemin de fer l’a reliée à Bruxelles en 1839. Les Anglais sont nombreux à s’y arrêter lors de leur pèlerinage vers Waterloo.

Le roi Léopold II va marquer la ville de son empreinte, lançant de nombreux travaux en 1905 : église, théâtre, poste, galeries royales. La vie y est joyeuse jusqu’à la déclaration de guerre en août 1914 : le Viennois Stefan Zweig qui s’y détendait avec des amis artistes belges et a rendu visite à Ensor cet été-là, regagne l’Autriche dans un des derniers trains. Il écrit dans Le monde d’hier, " toutes les nations imaginables se trouvaient rassemblées en paix, on entendait beaucoup parler allemand – en particulier, car, ainsi que tous les ans, c’était sur la côte belge que la Rhénanie, toute proche, envoyait le plus volontiers ses vacanciers d’été ". Parmi ces Rhénans, se trouvait le futur chancelier Konrad Adenauer.

Les rapports entre les deux peintres n’ont guère été amicaux au début, Ensor se sentant menacé par le jeune talent de Spilliaert et Spilliaert considérant Ensor comme un homme pathétique enfermé chez lui. Mais ils « ont beau être le jour et la nuit, leur œuvre témoigne de la même fascination pour la lumière d’Ostende, le rythme de la mer, les pêcheurs et la vie sur la plage » (Deux grands maîtres ostendais, 2016). Cela les a sans doute rapprochés, lors de discussions animées sur l’art.

Ostende, statue équestre de Léopold Ier * Monument de Léopold Ier, œuvre de Jacques de Lalaing

* La digue de promenade, de plusieurs km de long, est un des éléments du grand plan d’urbanisme lancé par Léopold II en 1905, après la destruction des remparts. Les premières cabines ou installations de plage sont apparues en 1935.

Ostende, cabines de plage

* Les Galeries royales (Koninklijke Gaanderijen) sont un témoin de l’architecture néo-classique en Belgique à la fin du règne du roi Léopold II, construites entre 1902 et 1906 selon les plans de l’architecte français Charles Girault. Les galeries royales courent le long de la digue de mer entre le chalet royal et l’hippodrome Wellington : elles devaient permettre au roi et à ses hôtes de se rendre à l’hippodrome sans être incommodés par la pluie ou le vent.

Durant la Première Guerre mondiale, les grilles en fer forgé situées entre les colonnes furent enlevées pour être fondues. Durant la Seconde Guerre mondiale, les galeries furent murées sur toute leur longueur sur ordre de l’occupant allemand : elles devinrent ainsi un maillon du Mur de l’Atlantique. Longues de 380 mètres, elles sont terminées à chaque extrémité par un pavillon. L’ancien Palais des Thermes dont ne subsiste aujourd’hui que la partie hôtelière, le Thermae Palace y a été greffé au début des années 1930. Ces galeries royales ont été représentées par Léon Spilliaert dans plusieurs oeuvres.

Un des pavillons est appelé Spilliaert Huis. Y sont montées des expositions à partir de collections privées. Malgré son nom, ce n’est pas la maison de Léon Spilliaert. Son père, Léonard, exploitait une boutique de parfums à Ostende, dans la Kapellestraat. Léon enfant l’aidait à dessiner les étiquettes des flacons. Vers 1908, Léon Spillaert loue une mansarde Quai des Pêcheurs qu’il transforme en atelier. De sa fenêtre, il observe les activités de pêche. Il peint et dessine surtout la nuit, préférant l’éclairage nocturne et le mystère du clair de lune projeté sur les objets. Parfois un personnage solitaire apparaît au bord de l’eau, angoissé. A l’extrémité des Galeries royales, la commune a fait installé un monument inspiré du tableau Le vertige, Vertigo de 1908.

Léon Spilliaert, Le Vertige

* La Maison Ensor, héritée de l’oncle Léopold où James Ensor vécut jusqu’à sa mort en 1949, est au 27 de la Vlaanderenstraat. La mère de James, Maria Catharina Haegheman y tenait une boutique de souvenirs où elle louait aussi des chambres aux vacanciers. Les fleurs, les coquillages, les vases chinois, les masques de carnaval qu’on trouvait dans ce magasin ont imprégné le travail artistique de James. Dès 15 ans, il partait aussi dans la nature avec son chevalet et peignait la mer, les dunes, un bateau, une ferme, un estaminet, les forts… De sa mansarde il avait vue sur la plus grande partie de la ville. Il travaillait parfois avec son ami, Willy Finch, d’une famille commerçante de la ville. Il peint à ses débuts avec épaisses couches de peinture à l’huile dans des teintes sombres et penche plus tard vers des couleurs douces et pures et des coups de pinceaux légers. Les lignes et formes s’estompent, restent la lumière et la couleur. L’âme du peintre et ses motifs d’inspiration sont très présents dans cette maison-musée, avec quantité d’objets et de meubles dont, dans le salon bleu où sont venus Kandinsky, Permeke ou Vlaminck, l’harmonium offert par sa maîtresse, Emma Lambotte.

* Au Muzee, musée des Beaux-Arts d’Ostende, a été aménagée en 2016 une aile riche et passionnante sur les deux artistes, avec de nombreuses œuvres originales. C’est le premier conservateur du musée en 1897, père de Constant Permeke, qui fit acquérir des œuvres majeures dont celles d’Ensor. On y découvrira de celui-ci, des autoportraits dont celui au chapeau de fleurs, des vues de mer, sa mère sur son lit de mort, la tapisserie Entrée du Christ à Bruxelles, réalisée en 2010, à partir d’un carton de l’œuvre originale fait par Ensor en 1929. Rappelons qu’il faut aller à Los Angeles, au Getty Museum, pour voir la toile de cette œuvre si décriée en son temps. Le Muzee compte aussi 160 œuvres de Spilliaert, toutes plus impressionnantes les unes que les autres de par leur graphisme si épuré, l’angoisse et la souffrance qu’elles transmettent, comme Le Vertige, La Rafale mais également des autoportraits...

* Le musée De Plate est consacré à l’histoire et aux coutumes locales ostendaises ainsi qu’à la pêche et à la navigation (« plate » signifie « plie » en dialecte ostendais). Il occupe la maison de maître du XVIIIe siècle située Langestraat 69, qui fut la première résidence royale à Ostende, sous Léopold Ier. Au premier étage se trouve la chambre mortuaire de Louise d’Orléans, première reine des Belges, décédée en octobre 1850.

* Si on a encore un peu de temps, on peut rendre un dernier hommage à Ensor qui repose dans le cimetière de l’église Onze-Lieve-Vrouw-ter-Duinen (Notre-Dame des Dunes) à Mariakerke à quelques km d’Ostende.

* Liens utiles :
- Sites du Muzee http://www.muzee.be/fr/muzee et de la Maison Ensor http://www.muzee.be/fr/ensor
- Un audio guide à emprunter au Muzee emmène sur les 18 lieux préférés de James Ensor en 90 ou 120 mn. http://muzee.be/
- On peut loger au Thermae Palace dans de grandes chambres donnant sur la mer mais nous vous conseillons aussi tout simplement d’y déjeuner ou dîner à la Brasserie Albert pour goûter les spécialités d’Ostende, les fameuses croquettes de crevettes et la gaufre à la Chantilly : http://www.thermaepalace.be/fr/bistrot
- Les bons plans de la photographe voyageuse, Madame Oreille, pour un week-end à Ostende : https://www.madame-oreille.com/un-week-end-a-ostende/

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