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Les maîtres du feu (charbonnages, verreries, fonderies) du Valenciennois au Luxembourg

Cette promenade de deux jours conçue à l’origine pour l’Université pour Tous d’Artois, permet de découvrir un large pan de l’activité économique de ces régions du nord de la France et du sud de la Belgique actuelle qui, après l’Angleterre, ont été les plus riches du monde depuis le Moyen-âge et en particulier aux XVIIIe et XIXe siècles.

Le développement de l’industrie résulte de la richesse exceptionnelle du sol de cette bordure du Bassin parisien, légèrement soulevée, ce qui a permis de voir affleurer ou à peu de profondeur des couches de sédiments vieilles de dizaines de millions d’années : la couche de craie et de sable à la fin du Crétacé, il y a 65 millions d’années, celle de minerai de fer formée au Jurassique il y a 150 millions d’années, et même celle du carbonifère formée pendant le Paléozoïque, il y a 350 millions d’années !

L’homme a, dès l’Antiquité, utilisé la couche de sable qui affleurait pour la production du verre devenue industrielle au XVIe siècle, il a ensuite développé les fonderies de fonte puis d’acier, rendues plus performantes avec la découverte au XIIe siècle du charbon qui remplaça peu à peu le bois de la grande forêt ardennaise pour chauffer les fourneaux.

Circuit

Anzin, où la houille ne fut découverte qu’en 1734 par les ingénieurs Mathieu qui travaillaient pour le compte de Gédéon Desandrouin, maître de verreries et de charbonnages de Charleroi. C’était une houille grasse et riche très calorifère qui fit la richesse de la Compagnie des Mines d’Anzin, fondée par le maréchal - duc de Croÿ, en 1754.

Fosse de la Bleuze Borne, Anzin

C’est ici et à Denain, qu’Emile Zola s’est imprégné de l’ambiance des corons et du fond, pour écrire en 1884, année de la plus importante grève des mineurs, Germinal. Il ne reste pas de nombreux témoignages industriels mais l’hôtel de ville, construit par un enfant de la ville, l’architecte Constant Moyaux, le théâtre et quelques belles demeures, comme le château Dampierre, témoignent de la richesse de la ville jusque dans les années 1960.

Gédéon Désandrouin avait d’abord fait forer à Fresnes-sur-Escaut où il avait établi une verrerie en 1710 au bord de l’Escaut.

La cheminée de la verrerie Desandrouin, Fresnes-sur-Escaut

Le traité d’Utrecht ayant rendu plus difficile la communication entre ses charbonnages de Charleroi et son usine désormais française, il avait à cœur de trouver de la houille de ce côté de la frontière. En 1720, ses ingénieurs trouvèrent bien du charbon, mais celui-ci était un peu trop pauvre, ce qui explique qu’ils continuèrent à chercher jusqu’à Anzin.

Ce Gédéon était riche gentilhomme autrichien (Charleroi était dans les Pays-Bas autrichiens), et son fils, Stanislas, devint chambellan de l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse et ami du prince Charles-Joseph de Ligne, avec lequel il chassait à Baudour et comptait fleurette à la belle comédienne Angélique d’Hannetaire. Stanislas n’épousa pas Angélique mais la fille de l’architecte parisien Jean-François Chalgrin qui est probablement l’auteur du charmant Temple de l’Amour qu’on peut admirer dans le parc du château des Desandrouin, aujourd’hui jardin public. Il y a là aussi un des rares restes non canalisé de l’Escaut sur la rive opposée duquel on voit se dresser la haute cheminée de ce qui fut la verrerie Desandrouin. Stanislas, mort au château en 1821, est enterré dans le cimetière communal.

Le Temple de l'Amour et le château de Fresnes-sur-Escaut

L’ami des Desandrouin grâce auquel l’exploitation du charbon a pu être organisée par la création d’une puissante compagnie, habitait le pays voisin, Condé-sur-Escaut. Emmanuel de Croÿ était né là, en 1718, dans le vieux château féodal de Bailleul, fief de sa famille. Condé est encore très marquée par la présence de ce grand duc que Louis XV fit maréchal de France pour le remercier de ses exploits militaires. Devenu gouverneur de la ville en 1764, il s’attacha à son embellissement, faisant construire par un architecte venu du Génie militaire, du Buat, le majestueux hôtel de ville, avec l’idée d’un plan d’urbanisme qu’on retrouve sur les façades de quelques maisons de la place. Il fit aussi reconstruire par l’architecte parisien Contant d’Ivry, l’église Saint-Wasnon, dans un style néo-classique. Elle n’était à l’époque séparée du château de Bailleul que par la collégiale Notre-Dame dont le grand musicien Josquin des Prés avait été prévôt au XVIe siècle. Celle-ci a été détruite lors de la Révolution et quelques éléments de son mobilier sont à Saint-Wasnon. On prend plaisir à parcourir les rues, ruelles et remparts de la ville qui vit aussi la naissance de la grande tragédienne du XVIIIe siècle, la Clairon, et de l’auteur des Contes de ma mère l’Oie, Charles Deulin.

On prend l’autoroute pour se rendre au sud de Charleroi, à Marcinelle, où se trouve le tristement célèbre site charbonnier de Bois du Cazier. C’est là qu’en 1956, 262 mineurs ont perdu la vie dans un accident qui aurait pu être évité si la mine avait été modernisée. Avant de faire la visite, on peut se restaurer au Saint-Charles, qui, installé au cœur des bâtiments industriels, offre de belles vues par ses grandes baies et une cuisine très goûteuse.

Bois du Cazier, Marcinelle

On passe l’après-midi sur le site, d’abord dans le musée de l’Industrie, riche et pédagogique (on y comprendra à quel point le pays de Charleroi et de Liège a été le berceau de grands inventeurs dont les découvertes techniques ont été mises en œuvre dans les centaines d’usines qui couvraient ce territoire ( la dynamo, les machines à vapeur, les laminoirs à tôle...). Les génies de l’industrie ont été nombreux ici : Zénobe Gramme, Robert Zimmerman, John Cockerill, et ce fils d’un instituteur de village, devenu baron, fondateur de banques, du métro de Paris, du tramway de Lille, de sociétés de chemin de fer égyptiennes et même de la ville d’Héliopolis, Edouard Empain.

Le musée du verre est la mise en valeur d’une riche collection, celle de Raymond Chambon, qui couvre les grands mouvements, belges et internationaux, et donne une vision universelle de la production de verre depuis l’Antiquité.

On parcourt ensuite le carreau de mine pour terminer par la salle des machines dans laquelle est commémoré le souvenir des mineurs disparus le 8 août 1956. Le film d’une quinzaine de mn est intéressant et émouvant.

On peut se promener si on a le temps dans les 25 ha de verdure qui entourent les trois terrils et le carreau.

On gagnera en quelques minutes Lodelinsart, au nord de Charleroi, où sur la place de l’hôtel de ville, se trouve toujours le siège des verriers, la Ruche verrière : un grand café orné de fresques romantiques, à l’arrière, des salles de réunion où siégeait le syndicat L’Union verrière, et au bout d’un long couloir, la grande salle de spectacles. Pour voir celle-ci, il vaut mieux réserver ou arriver avant 16h. La Ruche est toujours le siège d’un club, celui des climbias, dont les maîtres-mots sont la convivialité et la bienfaisance. Le climbia que les membres portent à la boutonnière, est la pince de bois qui servait à étirer les bords du canon de verre encore chaud pour le mettre à plat.

Puis on reprendra l’autoroute pour la région de Neuchâteau, au cœur des Ardennes belges. Nous découvrirons là le second jour, le monde des forges.

A Mellier, se trouve le plus ancien site de forges existant dans cette région. On prend la rue de la Bourgeoise pour y accéder puis on tourne à gauche, à environ 2 km du village. Tout est en place ou à peu près : le long de la rivière de la Rulles, dans la forêt, au bord de l’étang de retenue, on découvre les ruines du magasin des minerais aux pignons de pierre noire contrefortés, divers bâtiments d’exploitation, la maison du maître de forges, et surtout les deux hauts-fourneaux du XVIIe siècle, de grès rouge cerclé de fer, qui semblent comme deux énormes tonneaux.

Hauts fourneaux de Mellier

On se rendra ensuite sur un autre site de forges, celui de Pont-d’Oye, à Habay-la-Neuve, pour d’autres raisons. Les conditions d’installation furent à peu près les mêmes qu’à Mellier, avec la présence de la forêt, de la rivière, de minerai de fer non loin et d’un entrepreneur au début du XVIIe siècle. Mais à Pont-d’Oye, les bâtiments industriels ont été reconvertis en un hôtel-restaurant de haut de gamme et sont difficilement repérables pour un œil non averti. Ce qui est intéressant ici est la maison du maître de forges, le château, en cours de restauration. C’est une vaste bâtisse, en partie reconstruite au début du XIXe siècle après les pillages révolutionnaires.

Château du Pont-d'Oye (Habay-la-Neuve)

Le lieu a défrayé la chronique des villages environnants à la fin du XVIIIe siècle, car la dernière marquise de Pont-d’Oye, Louise de Lambertye, était fantasque, éprise de luxe jusqu’à provoquer la ruine de son mari, le maître des forges, et sa propre folie, d’après la légende. Elle a inspiré plusieurs romans. Le lieu est propice à la littérature semble-t-il. En effet, en 1932, le baron Pierre Nothomb, homme de lettres, l’a acheté et en a fait un cercle littéraire où se retrouvaient de grands écrivains (Francis Jammes, Georges Bernanos...), mais aussi la reine Elisabeth d’Angleterre et bien d’autres. Amélie Nothomb, arrière-arrière-petite-fille de Pierre, connaît bien le château qui est le cadre d’un de ses romans, Le crime du comte Neville, paru en 2015.

Le plus grand site de forges des environs n’en restait pas moins l’abbaye d’Orval qui possédait aussi les mines les plus importantes de Lorraine, de par leur taille et de par la qualité du minerai, près de Longuyon. Dès le XIIe siècle, une forge fut installée à l’intérieur du clos monacal. En 1529, Charles Quint autorise les moines à construire des forges en dehors de l’abbaye. Ici c’est la Lamouline qui a donné son énergie aux marteaux. L’entreprise sera très florissante aux XVIIe et XVIIIe siècle, jusqu’au démantèlement de l’abbaye en 1793. De nouveaux bâtiments splendides venaient d’être construits, entraînant l’abandon de l’abbaye gothique, lorsque la population pilla de fond en comble le monastère qui, avec ses 460 bucherons, avait mis à mal la forêt pour ses usines considérées parmi les plus belles d’Europe. Le site resta longtemps à l’état de ruines romantiques jusqu’à la construction de la nouvelle abbaye à partir de 1926. Depuis 1931, les moines produisent la célèbre bière d’Orval et le fromage d’abbaye.

abbaye d'Orval

Dans les souterrains impressionnants de l’abbaye, est aménagé un musée dans lequel est notamment traitée l’activité de fonderie et de ferronnerie, l’abbaye ayant eu un atelier artistique réputé au XVIIIe siècle.

L’abbaye fournissait en fer la manufacture d’armes de Charleville dont on peut encore voir quelques bâtiments à Nouzonville. Dans l’ancienne forerie, a été installé par quelques bénévoles un musée du Vieux Nouzon. On y comprend l’organisation de la manufacture grâce à des maquettes, on y voit un rare fusil Charleville 1717, de nombreux objets de métal produits dans la vallée, et on y bénéficie des commentaires très précis d’un grand connaisseur de cette histoire industrielle. Pour cela, réservez la visite au 03 24 53 13 59.

On terminera la visite à Charleville dont le Musée de l’Ardenne, installé sur la place ducale, conserve de très riches collections d’armes mais aussi de clous, et d’objets de fer ou de fonte produits dans la vallée de la Meuse.

* Autres liens utiles

- Vous pouvez vous restaurer sur le site de Bois du Cazier, au Saint-Charles. Par les grandes baies, vous voyez terrils, chevalements, maisons ouvrières. Au mur, vous admirerez d’impressionnantes photos du paysage industriel en cours de disparition. La cuisine est excellente et d’un coût raisonnable.

- Pour dormir, nous conseillons à Neufchâteau, l’hôtel Eden-Ardenne, ouvert en 2015. Les chambres et salles de bain sont spacieuses et design. Demandez de préférence une chambre avec balcon donnant sur le lac. La cuisine y est aussi excellente et recherchée dans les saveurs. C’est un point de départ pour de jolies balades en forêt.

- Dégustez la petite bière d’Orval, celle que les moines boivent au réfectoire, à l’auberge de l’Ange gardien, face à l’abbaye. Vous pourrez aussi faire provision de bières et de fromage à la boutique de l’abbaye. Le patron édite un petit journal dans lequel vous trouverez aussi des idées de randonnées dans les environs.


Mistral et noroît, Domaine des 3 Chênes, 1 allée des Huileries, 62000 Arras - SIRET : 75109826000019 - APE : 9329Z

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